Parlez-nous de transport !

Des Bretonnes et Bretons engagé-es appellent à une réflexion de fond sur le problème des transports et de l’aménagement du territoire en Bretagne, à l’heure où le débat se concentre sur le prix du carburant. Tous ceux qui connaissent au quotidien des difficultés de mobilité, qui sont contraints de prendre leur voiture, qui s’inquiètent du problème de la consommation de carburant, sont invités à témoigner. Les contributions serviront à bâtir un plan d’urgence pour la mobilité en Bretagne à partir des contraintes réelles de la population.

Parlez-nous de transport !

La flambée de colère qui a suivi celle des carburants est le symptôme d’un pays en souffrance. Le prix du carburant augmente, en particulier le diesel. Le gouvernement 
encourage cette hausse en augmentant les taxes. Nous comprenons la révolte des uns et 
l’envie de bloquer le pays des autres. La situation est injuste pour tout ceux qui sont condamnés à utiliser leur voiture dans un monde qui a
 été modelé pour son usage.

Toutefois, nous savons que la lutte contre le
 réchauffement climatique et donc pour l’avenir de nos enfants nécessite
 des décisions rapides et des changements profonds de nos modes de production, de 
consommation et plus largement de vie. Nous savons également que le prix 
du carburant, ne serait-ce que par l’effet de sa raréfaction, devrait mécaniquement augmenter à l’avenir. Il est urgent de nous y préparer.

 Nous pensons que cette colère reflète aussi une fracture territoriale
 entre des populations qui peuvent se passer de voitures et les autres.
 Cette colère doit être écoutée et transformée en mesures concrètes.

Or,
 que font l’État et ses administrations pour aider les gens à moins
 utiliser leur voiture ? Absolument rien ! Tout est fait pour pousser à la consommation des sols, des automobiles, de l’asphalte et des productions pétrolières. 



Les plus petites communes continuent de voir leurs gares fermer, les 
services publics s’éloignent toujours plus des habitants, les hôpitaux, 
services de santés, écoles doivent fusionner pour faire face à des
 problèmes d’argent, l’emploi reste concentré à Paris et quelques métropoles.

La question des transports pose de fait celle d’une politique globale pour la transition écologique, et des moyens que les pouvoirs publics sont prêts à y consacrer. Or, les collectivités territoriales subissent l’austérité et
 la tutelle de l’Etat sur leurs finances. François Hollande aussi bien qu’Emmanuel Macron ont accusé les
 communes ou les régions de gaspillage d’argent public pour mieux cacher 
l’inefficacité d’un Etat centralisé et des coupes budgétaires. Pour résumer, le gouvernement et 
les administrations publiques font tout pour nous faire rouler plus 
souvent, plus loin… Et nous font payer pour cela !

Nous n’avons pas grand-chose à attendre de ministres et de 
technocrates, c’est localement qu’il faut décider pour
 changer les choses, à partir de nos vies quotidiennes, de nos 
contraintes réelles.



 Vous vous sentez concerné-e-s ? Vous non plus, vous ne savez pas comment faire autrement ?

Alors donnez-nous votre avis, votre témoignage, apportez votre 
expérience ou vos attentes, dans notre cahier de doléance de la mobilité 
en Bretagne !

L’ensemble des réponses sera lu et analysé. Il servira à 
construire un plan d’urgence pour la Bretagne, pour permettre à toutes
et tous d’économiser concrètement du carburant, de passer moins de temps
 au volant et de mieux vivre.

 

Pour contribuer, donner votre avis:  mobilite.bzh@gmail.com

Les signataires :

Gaël Briand, rédacteur en chef du Peuple Breton.

Daniel Cueff, maire écologiste de Langouët.

Nil Caouissin, professeur d’histoire-géographie et de breton, porte-parole de l’Union démocratique bretonne.

Isabelle Thomas, députée européenne, membre de Générations.

Christian Troadec, maire de Carhaix et conseiller départemental du Finistère.

Ana Sohier, fonctionnaire territoriale, élue à la ville de Rennes et à Rennes Métropole.

Yves Lebahy, géographe.

Delphine Alexandre, conseillère municipale communiste de Lorient et conseillère communautaire.

Yves Nedellec, secrétaire régional d’Europe-Ecologie les Verts.

 

 


 

Yves Lebahy, géographe, explique le sens de sa signature:

 

« La crise actuelle  souligne à quel point le divorce est grand entre ce que vivent les gens sur nos territoires et les décisions prises au plus haut niveau de l’Etat,  par des élus et des technocrates coupés des réalités, qui imposent leurs choix et décisions aux populations.

Quand notre Démocratie va-t-elle devenir adulte et concevoir que le peuple a capacité de proposer, d’organiser, de gérer ce qui constitue son quotidien, dans une démarche solidaire et responsable ?  Ce que vous dites là au sujet des  transports est applicable à tout domaine : alimentation, production d’énergie, éducation et autres services de la vie courante…etc. Nous crevons de cette vision verticale inadaptée, obsolète et déresponsabilisante qui gère l’Etat français en tout domaine. Pire, cette lecture remet en cause 2 décennies d’orientations politiques d’ouverture (jusqu’à la crise de 2008) qui allaient vers plus d’autonomie des collectivités, plus de subsidiarité, plus de démarche participative. Tout cela est désormais oublié, banni même. Et le gouvernement s’étonne que ça pète, ne comprend même pas les raisons de la colère. Or nous sommes citoyens, le peuple est citoyen, aussi modeste soit-il. Le mouvement des gilets jaunes, dans son désordre apparent mais sa grande responsabilité, nous le rappelle. Il est l’expression d’un peuple adulte.

Pour toutes ces raisons, pour que la Bretagne puisse un jour prendre en main son destin, j’adhère à votre appel et  vous demande de me joindre à la liste des signataires. »

 


 

Contribution d’EELV suite à la signature d’Yves Nedellec

Le coût des transports a été un déclic dans le déclenchement de la mobilisation des gilets jaunes, pourtant le renchérissement des prix des énergies est depuis longtemps à la une de l’actualité avec notre dépendance de notre société aux multinationales et Etats pétroliers. Chaque crise internationale l’illustre.

L’échec de la COP24 nous interpelle après une année de catastrophes climatiques toujours plus fortes et nombreuses dans le monde et notre pays.

On en fera donc pas l’économie de transformer nos habitudes pour moins consommer, pour cela une politique de justice sociale, d’aide aux changements, de redirection des investissements est nécessaire.

Il est important de rassembler les besoins de transports afin de pouvoir ensuite décider de priorités dans la politique d’investissement. D’autant que l’échelon régional est pertinent pour fédérer les politiques locales et aussi s’imposer face à un Etat technocratique.

Mais l’offre de transport du quotidien ne pourra devenir une politique durable si des changements importants ne sont pas abordés : la nécessaire remise en cause de la politique basée sur toujours plus d’exportation, le tout routier pour les marchandises, le toujours plus vite plutôt que la fréquence, la régularité et l’accès à tous les territoires…

Non au « tout pour l’export » !

La pensée que seule l’économie pour l’exportation est l’avenir va à l’encontre d’une économie relocalisée et sobre en carbone. Les crises des productions animales pour l’export en Bretagne liées à l’importation de soja et autres intrants avec des paysans sans autonomie se suivent sans modification des politiques qui les ont produites.

Deux exemples : En France on exporte pour 800 millions d’euros de poulets « basse qualité » alors que l’on importe pour 1400 millions d’euros de poulets « label »… cherchez l’erreur !

On importe 80% du bio demandé par les consommateurs plutôt que de développer la production locale.

Non au « tout routier dans les transports », notamment de marchandises !

Le choix du tout routier dans la politique de transports n’est toujours pas remis en cause, on continue de construire des 4 voies et autoroutes.

Le transport de marchandises sur le rail a été abandonné, pourtant il produit 10 fois moins de gaz à effet de serre. Les opérateurs qui s’y risquent ne sont pas soutenus. Ils payent des droits de passage sur le rail alors que les routiers ont la route gratuite payée par les impôts !

Pourtant en Europe l’éco-taxe sur les transports (que payent nos transporteurs lors de leur passage dans ces pays), a permis des investissements importants dans les systèmes collectifs de transports collectifs notamment ferroviaires.

La bataille pour un socle social européen évitera des concurrences sociales entre les entreprises européennes que les affréteurs bretons n’hésitent pas à utiliser.

 

Le choix du tout TGV dans la politique régionale (LNOBPL), la politique de Métropolisation, ont pesé dans la réflexion entre transports et territoires en Bretagne.

Il est temps de repenser aux besoins quotidiens de tous les territoires en partant des différents usages du transport. Derrière le « droit à la mobilité » se cache souvent des obligations, le lien avec l’aménagement des territoires en services de proximité est essentiel dans la réflexion.

Exemple : 1er juillet 2017, la ligne LGV est inaugurée à Rennes, le même jour 30% des arrêts TER en Bretagne sont supprimés ! A la place de 1km de LGV on peut rénover plus de 20km de ligne régionale… mais l’Etat et la SNCF n’y investissent plus depuis longtemps laissant l’ardoise des rénovations aux collectivités locales.

La réflexion doit se faire sur les usages pas que sur la technologie.

On ne réglera pas les problèmes par toujours plus de technique, mais par une adéquation des outils de transports au besoin réel de déplacement. La voiture électrique comme seule évolution cache la non remise en cause de l’usage individuel de la voiture.

On ne peut pas faire confiance aux constructeurs automobiles qui doivent d’abord payer financièrement leur politique de triche aux normes sur la pollution diesel.

 

 

 

 

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